Mar 252013
 

Simples extraits de l’émission « Parlons-en : La fin du modèle français ? » [LCP/ 24/03/2013]

Emission : http://www.lcp.fr/emissions/parlons-en/vod/145543-la-fin-du-modele-francais

Invités :
–  Michel Rocard, ancien premier ministre sous l’ère mitterrandienne
–  Laurence Parisot, présidente du Medef

Extraits :

[12’45 » Michel Rocard] :

«
N’oubliez pas que les 2 pays les plus endettés au monde sont l’Angleterre et les Etats-Unis.
Une philosophie monétaire – qui s’appelle le monétarisme – né avec Milton Friedman et honorée de 14 prix « nobels » a encouragé l’endettement partout.
La Grande Bretagne a eu une croissance de 10-12 % depuis l’an 2000, tout entier fondé sur l’augmentation de son endettement !
Aux Etats-Unis, juste avant la crise, la moitié de la consommation des ménages était financée par des gains boursiers ou par de l’endettement, faute d’une montée des payes. Puisque depuis 20 ans aux Etats-Unis, le salaire moyen est stagnant sinon en baisse légère.

Alors au milieu de tous ça, il y a le problème européen, où la création de l’euro a créée une contradiction particulière du côté de l’endettement public. C’est un sous-problème particulier
[…] L’endettement n’est pas fait que de la protection sociales. La France s’endette de 300 milliards d’euro de plus à peu près chaque année dont 200 sont émis parce qu’on n’est pas capable de rembourser en capital une très ancienne dette qui a 30 ou 40 ans. Les règles du jeu actuelles sont stupides au point qu’on le fait en empruntant sur les marchés financiers à 3%. C’est astronomique, herculéen, stupide et suicidaire. Et c’est vrai pour toute l’Europe.

[…] Quand des bêtises se cumulent très très longtemps, ça finit par des catastrophes. Nous sommes dans la période de catastrophe. Je plaide simplement sur l’endettement que le niveau de dette public – public – actuelle, est telle qu’on ne paiera pas. Et qu’il vaudrait mieux le savoir !

[…14’40 »] Et puis surtout, le raisonnement stupide qu’il y a derrière, c’est que les états n’ont qu’à se conduire comme des entreprises. Si ils font faillites, il faut qu’ils disparaissent. Une entrepise ça peut disparaître. Demander à la Grèce, d’arrêter la police, d’arrêter la justice, de fermer les écoles, de fermer les pompiers. Absurde ! C’est pas possible ! Et donc, aucun état ne peut se conduire comme une entreprise sur le plan […nu] devant le marché
Et par conséquent, il découle de ça qu’il est fou de vouloir créer les mêmes situations devant l’endettement éventuel des entreprises ou des états. Ce qui nous autorise à proclamer qu’il faut une décision public de financement à bas prix des états parce qu’ils sont des états et qu’on ne peut pas arrêter la police ou les services.
Et c’est là qu’on arrête l’aggravation de l’endettement des puissances publics pour les remettre un peu à l’aise. Il faut pendant ce temps là traiter les causes de l’augmentation de leurs dépenses, notamment sécurité sociale, retraite, etc… Mais là l’outil le plus commode, c’est la négociation.
»

 

[15’45 » Laurence Parisot]

[19’25 Michel Rocard] « Je regrette un peu ce titre maintenant : ‘Personne n’a plus le droit à l’erreur’
[…] Qu’est-ce que seraient ces mesures courageuses ? […]
– la protection contre une explosion financière mondiale possible. On a besoin de se protéger là-dedans, c’est impératif. Et il nous faut séparer les fonctions des banques de dépôt et des banques d’affaires et d’avoir le courage d’aller jusqu’au bout. […] Le projet de loi ne va pas jusqu’au bout parce que nos banques disent : nous les banques françaises, nous allons gérer un peu mieux et avec moins d’imprudence que beaucoup d’autres. Vous allez nous affaiblir. Très joli. C’est peut-être vrai d’ailleurs. Reste que ça ne nous protège pas contre l’explosion possible [coupure…]. Comme au niveau européen nous aurons du mal à nous mettre d’accord, je demande à la France d’être exemplaire pour entraîner le reste de l’Europe. Mais évidemment ce n’est efficace que si c’est mondial. Bien sûr.

– 2èment, les agences de notation devraient fournir une garantie de puissance public. Elles devraient être sous une observation public

– 3èment, la moitié de ces énormes liquidités mondiales, dont l’explosion nous menace, est dans des paradis fiscaux. Donc elle ne répond à aucune incitation collective. Il faut stériliser les paradis fiscaux. Ca fera perdre de l’argent à des tas de gens. Mais c’est de l’argent qui ne travaille pas dans l’économie. C’est l’autre mesure de précaution.

[21:10 question sur Chypre] […] « Chypre, micro-problème dans lequel une fois de plus, l’Europe est incapable de décider correctement du degré de solidarité qu’elle accepte.
En fait, ça souligne une crise de la façon de penser économique en Europe. Je disais il y a un instant qu’il faut traiter les états autrement que des entreprises. Et ne pas pousser à des massacres ou à des baisses de PNB [PIB?]. Chypre comme la Grèce vont devenir ingouvernables. On ne peut plus gagner une élection quand on a à mettre en place un programme d’abaissement du niveau de vie de chacun. Ce qui veut dire qu’il faut accepter qu’une dette soit non traitable et non remboursable. Il faut le reconnaître. Ca peut être le cas de Chypre. Mais – de toute façon tous le monde l’a bien compris – surtout Madame Merckel l’a dit au moins une fois : on a besoin de beaucoup plus de solidarité budgétaire à l’intérieur de toute l’Europe pour traiter toute menace sur l’euro, d’où qu’elle vienne. Même si c’est d’un tout petit pays et mal géré. Car elle concerne l’euro et il y a risque de contagion.»

[22’40 » Laurence Parisot très inquiète car]
« L’évolution est comparable à ce que nous avons connu dans les années 30. Une crise financière majeure : 1929-2008, qui déclenche une crise économique très lourde, très anxiogène et une incapacité du politique à faire face avec suffisamment d’efficacité et de capacité d’explication à l’égard des populations […] Il nous faut plus que jamais discuter et dialoguer et essayer de construire ensemble. A tous les niveaux : au niveau économique en France et au niveau européen entre les différents pays européens »

[24’30 » Michel Rocard]
« Le fait d’aller vers plus d’Europe ne dépend – et de loin – pas que de nous. Pour pouvoir aller plus loin, il faut que nous, français, nous nous rapprochions des façons de faire de tous les autres. Et notamment par la réformabilité de nos institutions (protection sociale, etc…) en découvrant le dialogue social chez nous. Il faut que nous rassurions plus les autres que nous le faisions. C’est la condition pour avancer vers plus d’Europe. Il y a une 2ème condition pour aller nettement vers l’Europe, c’est que les anglais s’en aillent. Car ils n’en veulent pas. Ils ont une autre vision du monde. Pour l’Angleterre depuis toujours l’unité du continent est une menace pour eux. Alors ils annoncent qu’ils vont faire un référendum, souhaitons leur bonne chance, mais il faut qu’ils nous laissent travailler. »

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