Mar 022014
 

Sources :
– article lu (en partie ?) sur France Culture – Concordance des temps – émission du 01.03.2014 – plage : 45’15 – 47’00
http://www.franceculture.fr/emission-concordance-des-temps-l-encyclopedie-longtemps-avant-internet-2014-03-01
– texte écrit issu du site suivant : http://ju.educanet2.ch/nicolas.barre/LCP_H/textes/06hgar/docs.html

Pour aller plus loin : http://fr.wikipedia.org/wiki/Denis_Diderot

L’autorité politique

Aucun homme n’a reçu de la nature le droit de commander aux autres. La liberté est un présent du ciel et chaque individu de la même espèce a le droit d’en jouir aussitôt qu’il jouit de la raison. Si la nature a établi quelque autorité, c’est la puissance paternelle; mais la puissance paternelle a ses bornes; et dans l’état de nature elle finirait aussitôt que les enfants seraient en état de se conduire. Toute autre autorité vient d’une autre origine que la nature. Qu’on examine bien, et on la fera toujours remonter à l’une de ces deux sources : ou la force et la violence de celui qui s’en est emparé : ou le consentement de ceux qui s’y sont soumis par un contrat fait ou supposé entre eux et celui à qui ils ont déféré l’autorité.

La puissance qui s’acquiert par la violence n’est qu’une usurpation et ne dure qu’autant que la force de celui qui commande l’emporte sur celles qui obéissent; en sorte que, si ces derniers deviennent à leur tour les plus forts, et qu’ils secouent le joug, ils le feront avec autant de droit et de justice que l’autre qui le leur avait imposé. La même loi qui a fait l’autorité la défait alors : c’est la loi du plus fort.

Quelquefois l’autorité qui s’établit par la violence change de nature; c’est lorsqu’elle continue et se maintient du consentement exprès de ceux qu’on a soumis; mais elle rentre par là dans la seconde espèce dont je vais parler et celui qui se l’était arrogée, devenant alors prince, cesse d’être tyran.

La puissance, qui vient du consentement des peuples, suppose nécessairement des conditions qui en rendent l’usage légitime, utile à la société, avantageux à la république, et qui la fixent et la restreignent entre des limites : car l’homme ne doit ni ne peut se donner entièrement et sans réserve à un autre homme, parce qu’il a un maître supérieur au-dessus de tout, à qui seul il appartient tout entier. C’est Dieu, dont le pouvoir est toujours immédiat sur la créature, maître aussi jaloux qu’absolu, qui ne perd jamais de ses droits et ne les communique point. Il permet pour le bien commun et pour le maintien de la société que les hommes établissent entre eux un ordre de subordination, qu’ils obéissent à l’un d’eux; mais il veut que ce soit par raison et avec mesure, et non pas aveuglement et sans réserve, afin que la créature ne s’arroge pas les droits du créateur. Toute autre soumission est le véritable crime de l’idolâtrie (…)

Le prince tient de ses sujets mêmes l’autorité qu’il a sur eux, et cette autorité est bornée par les lois de la nature et de l’Etat. Les lois de la nature et de l’Etat sont les conditions sous lesquelles ils se sont soumis, ou sont censés s’être soumis à son gouvernement. L’une de ces conditions est que n’ayant de pouvoir et d’autorité sur eux que par leur choix et de leur consentement, il ne peut jamais employer cette autorité pour casser l’acte ou le contrat par lequel elle lui a été déférée : il agirait dès lors contre lui-même, puisque son autorité ne peut subsister que par le titre qui l’a établie.

(…) Le prince ne peut donc pas disposer de son pouvoir et de ses sujets sans le consentement de la nation (…).

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